Paris reverdit : après l'été le plus chaud de son histoire, la capitale accélère sa mue
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Plus de cinq cents jardins, des bois centenaires, des forêts nées sur d'anciennes places de béton… Paris est plus verte qu'on ne le croit. Mais l'été que nous venons de traverser rappelle qu'elle ne l'est pas encore assez. État des lieux, à la veille de la Fête des jardins 2026.
Un patrimoine vert hérité de deux siècles d'ambition
L'histoire commence sous le Second Empire. C'est sous Napoléon III, avec le préfet Haussmann, que naît le service des Promenades et Plantations, ancêtre des équipes qui entretiennent aujourd'hui nos espaces verts. Les boulevards se bordent d'arbres : en 1855, le premier recensement compte 38 000 arbres d'alignement, et ils sont 88 000 quarante ans plus tard.
Aujourd'hui, la Ville entretient 536 parcs, jardins et squares publics, auxquels s'ajoutent un peu plus de 3 000 petits espaces plantés : jardinières, jardinets, terre-pleins. Avec les bois de Boulogne et de Vincennes, ce sont 2 283 hectares d'espaces verts et de bois, presque tous ouverts gratuitement au public.
La fin du XXe siècle a marqué une première grande vague : entre 1981 et 1999, 141 nouveaux espaces verts ont vu le jour, portant la surface des jardins publics à près de 496 hectares, soit 40 % de plus. C'est l'époque des grands parcs gagnés sur d'anciennes friches, comme André-Citroën, Georges-Brassens ou Bercy, et des promenades plantées, comme celle qui file de Bastille vers Vincennes sur un ancien viaduc ferroviaire.
La coulée verte René Dumont qui relie la Bastille au Bois de Vincennes
Ces jardins sont souvent séparés de quelques rues seulement. Les relier les uns aux autres, d'un parc à un square, d'un square à une allée plantée, jusqu'à traverser la ville presque sans quitter le vert : c'est tout le principe de la randonnée urbaine.
Six ans de reverdissement accéléré
En 2020, la Ville s'engage à planter 170 000 arbres avant la fin du mandat. Fin 2025, 130 433 avaient été mis en terre. Une large part pousse là où on ne les voit guère, sur les talus du boulevard périphérique ou dans les bois, et il s'agit souvent de jeunes plants : c'est ce qui nourrit les critiques de ceux qui jugent le chiffre flatteur.
Plus visibles, quatre « forêts urbaines » sont nées sur des sites autrefois minéraux ou ferroviaires : la place de Catalogne (14e) en juin 2024, le bois de Charonne (20e) en septembre 2024, le parvis de l'Hôtel de Ville en juin 2025, et la place du Colonel-Fabien (10e et 19e) en mars 2026. Au bois de Charonne, 6 500 arbres ont pris racine sur 3,5 hectares d'un ancien tronçon de la Petite Ceinture. Place de Catalogne, l'effet s'est mesuré : jusqu'à 4 °C de moins qu'aux alentours.
La nouvelle forêt urbaine sur le parvis de l’hôtel de ville parisien
À l'échelle de la rue, la dernière saison de plantation, de l'automne 2025 au printemps 2026, a vu plus de 21 000 arbres mis en terre, dont plus de 1 200 dans 92 rues et places, parmi lesquelles 30 nouvelles « rues aux écoles ».
Paris part pourtant de loin. Selon le botaniste Serge Muller, sa canopée ne couvre que 14 % de sa surface hors bois, 21 % en les incluant, ce qui en fait l'une des capitales les moins boisées d'Europe.
L'été 2026, un électrochoc
Selon Météo-France, l'été 2026 est le plus chaud jamais enregistré en France depuis le début des mesures en 1900. Trois vagues de chaleur se sont succédées ; celle de juin a placé jusqu'à 72 départements en vigilance rouge. Le thermomètre a dépassé 40 °C à Paris, qui a aussi vécu son été le plus ensoleillé, avec 912 heures de soleil. Le premier bilan sanitaire fait état de près de 7 900 décès en excès dans le pays. Pour la directrice de Météo-France, cet été aurait été « quasi impossible sans le changement climatique ».
La canicule a laissé des traces visibles à Paris : ces jeunes arbres n’y ont pas survécu
Paris est particulièrement exposée : la revue The Lancet Planetary Health la désignait dès 2023 comme la capitale européenne la plus meurtrière en cas de canicule. En cause, une ville très dense et très minérale, où la pierre et le bitume emmagasinent la chaleur le jour pour la restituer la nuit. Face à ces îlots de chaleur, l'arbre reste l'allié le plus simple : son ombre et l'eau qu'il transpire rafraîchissent la rue, et chaque jardin devient un refuge.
Demain : ce qui se prépare
Élu maire le 29 mars 2026, Emmanuel Grégoire a fait de l'adaptation au climat un axe central de son programme. Il a promis 300 hectares de nouveaux jardins et dix nouveaux parcs, la végétalisation de grandes places aujourd'hui très minérales (Concorde, Gambetta, Trocadéro, Italie, Stalingrad), et 25 kilomètres de promenade continue et végétalisée le long des deux rives de la Seine. Ces engagements restent à traduire en actes, et certains élus d'opposition doutent qu'ils puissent l'être sans moyens supplémentaires.
Le cadre, lui, est posé. Approuvé par le Conseil de Paris le 20 novembre 2024, le plan local d'urbanisme bioclimatique fixe le cap : 300 hectares d'espaces verts supplémentaires ouverts au public d'ici 2040, pour atteindre 10 m² d'espaces verts par habitant, 40 % du territoire désimperméabilisé d'ici 2050, et quelque 100 000 arbres d'alignement désormais protégés. Au nord-est, un grand parc de plus de 25 hectares doit relier la porte de la Chapelle à la Villette. Et c'est maintenant que tout se joue : de l'automne au printemps, les jardiniers de la Ville reprennent leurs plantations, à la saison la plus propice à l'enracinement des arbres.
Ce week-end, la Fête des jardins
Pour célébrer ce bel élan, rendez-vous les samedi 26 & dimanche 27 septembre pour la Fête des jardins. Dans tous les arrondissements, les jardiniers de la Ville, les associations de jardins partagés et quelques jardins privés exceptionnellement ouverts proposent des animations gratuites : végétaliser son balcon ou un pied d'arbre, fabriquer un nichoir, apprendre à reconnaître les essences. Le grand village de la Fête s'installe cette année au parc de Choisy, dans le 13e, de 14 h à 19 h. Tout le programme est sur paris.fr.
Et si on allait voir ?
Les chiffres et les plans disent beaucoup, mais le Paris vert se comprend d'abord avec les pieds. L'automne s'y prête merveilleusement : la lumière devient rasante, les feuillages changent de couleur de semaine en semaine, et les jardins retrouvent leur calme après l'été.
Le jardin Claire Motte (17e) et sa belle lumière du soir
C'est l'esprit de nos randonnées urbaines : des itinéraires de 8 kilomètres et plus, dont au moins les trois quarts traversent un parc, un jardin, une voie ferrée reconvertie ou une rue arborée. On y croise quelques-uns des lieux de cet article, et bien d'autres que l'on ne soupçonne pas. Le reste se découvre en marchant.
Et si vous connaissez quelqu'un qui aurait besoin d'un grand bol d'air, notre carte cadeau est faite pour lui.
Sources
Ville de Paris (parcs et jardins, l'arbre à Paris, saison des plantations, Fête des jardins) ; Apur, « Paris, parcs et jardins publics » ; Météo-France, bilan climatique de l'été 2026 ; Santé publique France ; Serge Muller, The Conversation, mars 2026 ; AFP.